Anthropologie politique et religieuse de la parole à l'époque moderne
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Responsables du projet :
Jérémie FERRER-BARTOMEU, chargé de recherches F.R.S.-FNRS, rattaché à l’UR Transitions à Liège et au GEMCA à l’UCLouvain.
Paul-Alexis MELLET, professeur ordinaire d’histoire de la Renaissance et de la Réforme à l’Université de Genève, rattaché à l’Institut d’histoire de la Réformation.
Monique WEIS, professeur ordinaire d’histoire moderne à l’Université du Luxembourg et rattachée à l’Institut d’histoire.

Le groupe de recherches en anthropologie politique et religieuse de la parole à l’époque moderne est né en février 2022. Il est co-dirigé par Jérémie Ferrer-Bartomeu, chargé de recherches F.R.S.-FNRS, rattaché à l’UR Transitions à Liège et au GEMCA à l’UCLouvain, Paul-Alexis Mellet, professeur ordinaire d’histoire de la Renaissance et de la Réforme à l’Université de Genève, rattaché à l’Institut d’histoire de la Réformation et Monique Weis, professeur ordinaire d’histoire moderne à l’Université du Luxembourg et rattachée à l’Institut d’histoire.

Les problématiques et les objets que se donne le groupe de recherche sont les suivants : dans un paradoxe tout à fait fascinant, la parole politique oscille entre profusion et rareté. Le pouvoir qu’elle détient provient de sa rareté et des mystères de sa forge. Son utilisation doit donc être parcimonieuse et, surtout, contrôlée. C’est ainsi que des stratégies communicationnelles et des acteurs institutionnels naissent ou se développent afin de maitriser la production, la diffusion et la réception de la parole politique.

Cependant, ils ne sont pas seuls détenteurs du Verbe et les crises successives qui secouent la première modernité encouragent une amplification des discours : les oppositions – politiques, religieuses, géopolitiques – se multiplient en même temps que les pôles de production de nouvelles théories sur la gouvernementalité et la souveraineté. L’imprimerie joue dans ce contexte un rôle crucial de multiplicateur des vecteurs de diffusion des paroles oppositionnelles, et le pouvoir sacré de la parole souveraine est mis à mal par ces nouvelles concurrences. Dans la gestion politique des crises, la parole est alors à la fois problème et solution.

Le champ de recherche couvre l’Europe occidentale de la première paix de Cappel jusqu’au traité de Westphalie. Un intérêt tout particulier réside dans l’étude des pensées transversales et interdisciplinaires capables d’apporter à la question de la parole des réponses à la fois historiques et issues d’autres sciences humaines et sociales permettant de confronter différentes approches. Nous nous penchons ainsi sur des sujets ciblés, afin de pouvoir rentrer dans le vif de cette parole jurée, profuse et mystifiée : par exemple, les préambules légaux et la manière dont ils introduisent les conjurés, les serments qui entourent les paix de religion, le règlement des conflits ou au contraire les déclarations de guerre, la promesse royale ou princière (qu’elle soit directe ou indirecte), les sermons de guerre, la traîtrise et l’abjuration, les savoir-faire administratifs liés à l’acte du don de parole, la matérialité de cette pratique, la force perlocutoire des mots jurés, l’iconographie du serment, ses évolutions et ses permanences.

Le travail du groupe de recherche est scandé par des rencontres régulières. Un premier colloque s’est tenu en février 2022 à l’université de Genève. Le thème inaugural de nos travaux, « (Ab)jurer sa parole. Promettre la guerre et s’engager pour la paix », permettait d’établir un questionnaire dense et de croiser les approches, les espaces d’études et les typologies documentaires. Plus de trente collègues ont répondu présents à notre appel. Durant les différentes interventions, nous nous sommes intéressés à la parole promise et aux différentes formes que cet acte peut recouvrir (serment, charte, foi jurée, profession de foi, confession, menace, malédiction, etc.). S’interroger sur l’acte performatif qu’est le don de parole – comment jure-t-on et quelles sont les conséquences des mots prononcés ou signés ? −, c’est se questionner à la fois sur les modalités linguistiques, institutionnelles et rituelles qui sous-tendent cette pratique et, plus encore, repenser les liens de confiance et d’alliance, le capital symbolique mis en gage par les deux parties : qui jure, et pourquoi cette pratique revêt une telle importance dans la société d’Ancien Régime ?

Le but de cette première rencontre programmatique revenait à interroger les éléments constitutifs de la parole jurée, en particulier son media (l’oral, l’écrit ou des formes hybrides) et son effectivité. Deux questions restaient centrales : comment est construite la promesse ? Qu’est-ce qu’elle produit en termes d’impact sur le présent et le futur de la situation d’énonciation ? Il fut alors nécessaire d’interroger la source de la valeur du serment, les gages donnés pour les parties, mais également les acteurs (producteurs et/ou détenteurs de la parole). En effet, ces « jureurs » peuvent s’engager pour eux-mêmes, mais aussi pour une entité plus large, puisque jurer implique non seulement un gage personnel mais aussi communautaire, soit collectif et gouvernemental. De ce fait, peut-être faut-il envisager l’acte de jurer comme le symbole de la convergence de volontés plurielles. D’une parole jurée, on peut ainsi mettre en exergue les ressorts d’un dispositif politique et religieux largement utilisé et persistant, par une déconstruction minutieuse des contextes et des pratiques, afin d’observer sa pluralité en tant que discours et idées. Cela nous a amené à considérer l’économie de la parole dans son écriture, sa proclamation, sa conservation et ses changements.

Dans la suite de l’année 2022, un second colloque s’est tenu à l’Université de Luxembourg, campus de Belval, en septembre 2022, afin de questionner l’hybridation écrit et oral dans l’économie générale de la parole à l’époque moderne. Le titre retenu disait notre ambition de poser les jalons méthodologiques d’une histoire et d’une anthropologie de l’oralité des sociétés anciennes : « En parlant, en écrivant Complémentarité, concurrence et hybridation entre écrit et oralité dans l’Europe des XVIe et XVIIe siècles ».

Ces journées ont poursuivi les interrogations des travaux entamés à Genève en février 2022 sur les éléments constitutifs de la promesse et son effectivité à l’époque moderne, tout en déclinant de nouveaux aspects de ce vaste domaine de recherches. Nos travaux ont porté de manière plus spécifique sur les rapports complexes entre écrit et oralité dans l’Europe des XVIe et XVIIe siècles. Les deux modalités d’expression et de communication font l’objet depuis quelques années d’un intérêt renouvelé. Beaucoup de travaux récents sont ainsi consacrés aux « pratiques de l’écrit » dans les chancelleries, secrétaireries et autres bureaux, dans les officines et comptoirs de divers types, ou encore dans les institutions religieuses des principales confessions chrétiennes. Les ressorts de l’oralité ont quant à eux été remis à l’honneur par de nouvelles approches des cérémonies politiques et judiciaires, par le renouveau de l’histoire diplomatique et par des études pionnières sur la prédication.

En revanche, les relations entre écrit et oralité ont été peu thématisées et analysées. Elles renvoient à des questions importantes liées à l’histoire de l’époque moderne et à ses sources. Comment s’articulaient les passages de l’oralité à l’écrit ? En situation de concurrence entre les deux modalités, comment se faisaient et s’expliquaient les choix ? Dans quels contextes l’oralité vient-elle dupliquer, conforter, compléter, modérer, voire concurrencer ou même contredire l’écrit ? Lorsqu’il y eut davantage de complémentarité, quelles furent les influences réciproques, notamment mais pas uniquement du point de vue formel ? Une attention particulière fut accordée pendant ces deux journées aux phénomènes d’hybridation entre l’écrit et l’oralité dans différents domaines, périodes et contextes. Ils peuvent être étudiés au moyen de documents variés, dans une approche qui ne sépare pas strictement l’histoire religieuse de l’histoire politique, mais qui mobilise des concepts inspirés par l’anthropologie historique, les études culturelles et littéraires ou encore l’analyse des discours. Enfin, nous nous sommes interrogés sur les traces de l’oralité dans les sources de l’époque moderne, ses marqueurs spécifiques, et comment les acteurs des XVIe et XVIIe siècles en envisageaient-ils eux-mêmes le recueil et la conservation ?

La notion de « performativité » fut centrale pour les questions de recherche qui sous-tendaient nos journées de septembre 2022 et qui irriguaient tout le projet collectif. Dans le sillage du « performative turn », beaucoup de travaux se sont penchés sur les rituels publics et leur mise en scène, sur le rôle clé des gestes et du corps, ainsi que sur les sources visuelles, bref sur des aspects non verbaux. Nous voulions ainsi apporter notre contribution à ce tournant en rouvrant le dossier de la place des mots, dits ou écrits, dans les différents lieux et milieux sociaux de l’Europe des XVIe et XVIIe siècles. Cette approche, fortement tributaire des débats ayant suivi le « linguistic turn », a notamment permis de questionner les périmètres mouvants du dicible et de l’indicible, du pensable et de l’impensable, du nommable et de l’innommable aux XVIe et XVIIe siècles, dans le processus de confessionnalisation comme dans les conflits politiques et géopolitiques qui scandent la première modernité.

Le groupe de recherche, ces deux colloques internationaux passés, est désormais entré dans un nouveau cycle pour cheminer vers la clôture de cette première phase de recherche. Cette phase est scandée par trois ateliers de recherches articulés autour de l’étude des gisements documentaires liés aux thématiques suivantes : la parole politique et diplomatique (Université de Tours, Centre d’études supérieures de la Renaissance, octobre 2023), la parole religieuse, confessionnelle et polémique (Université de Lorraine, Centre de recherche universitaire lorrain d'histoire), la parole représentée dans l’iconographie de la première modernité (Université catholique de Louvain, Centre d’analyse culturelle de la première modernité). Pour préparer chaque atelier d’une journée, où chaque orateur et chaque oratrice présente et discute pendant une heure son dossier documentaire avec l’assemblée, nous posons les jalons méthodologiques et thématiques lors d’un wébinaire en amont (le wébinaire préparatoire de la première journée de Tours fut l’occasion d’entendre et de questionner Nina Lamal sur le thème du projet de recherche auquel elle participe, « Inventing Public Diplomacy », à l’Académie royale des Pays-Bas).

Pour participer à nos travaux et suivre nos actualités :

 

Archives Digitales Francesco Guicciardini
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Responsables du projet : Hélène MIESSE, Paola MORENO
Membre associé : Lorenzo BATTISTINI
Chercheur post-doc du F.R.S-FNRS (2021-2024)

Initié par Paola MORENO, le projet ADFG-S (Archives Digitales Francesco Guicciardini-Sources pour l’historiographie et la pensée politique modernes) se propose de fournir une réponse exhaustive et documentée à la question — cruciale pour la compréhension de la pensée politique de Francesco Guicciardini et de son époque — de l’utilisation des sources historiques, juridiques et littéraires pour l’élaboration de ses écrits. Au départ d’un inventaire raisonné, qui fournira une accessibilité inédite aux Archives Florentines de Francesco Guicciardini (AFGF), il sera possible de pénétrer dans le laboratoire de l’historien et de l’homo politicus moderne, de comprendre comment, face à une crise qu’il perçoit dans toute sa gravité, cet important auteur de la pensée politique européenne a su articuler l’héritage langagier et théorique à sa critique lucide. Cette recherche sera possible grâce au recensement systématique des documents conservés dans l’Archivio Guicciardini de Florence — en particulier des notes personnelles de l’auteur (spogli) — à leur analyse approfondie, à la reconstruction génétique de l’élaboration du texte historique au départ d’une multitude de documents-sources. Le présent projet vise à entreprendre un plan global d’étude scientifique de la collection des documents de l’auteur et de publication des résultats, notamment sous la forme d’une plateforme web en open access et d’un nouveau catalogue raisonné sous la forme d’un volume papier.

Institutions partenaires: Archivio Guicciardini di Firenze; Museo Galileo di Firenze; Sovrintendenza Archivistica e Bibliografica della Regione Toscana.

EdipoRe
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Épistolarité et discours politique à la Renaissance italienne

Responsables du projet : Paola MORENO et Gianluca VALENTI

Crédit : Crédit de recherche, F.R.S.-FNRS, janvier 2022/décembre 2023

 

Établir les mots que des hommes et des femmes ont échangé dans le passé c’est, avant tout, leur donner une force et une solidité, c’est redonner voix à un dialogue de jadis que nous ne pouvons plus écouter, mais que nous pouvons reconstituer. Les lettres représentent un champ d’investigation très stimulant, car le langage qui y est employé, les codes culturels et de communication dont elles sont porteuses sont d’importants révélateurs d’instances privées et publiques utiles à notre reconstitution de l’histoire des idées. Les méthodes numériques nous donnent la possibilité d’analyser des quantités de données textuelles impossibles à dépouiller manuellement, nous permettant ainsi d’appréhender sous un angle inédit plusieurs thématiques de recherche concernant le domaine de la politique dans l’Italie de la Renaissance. L’objectif du projet est donc d’explorer et de problématiser la construction du discours politique à la Renaissance italienne, par l’étude de thématiques spécifiques et par le biais d’une méthodologie moderne appliquée à l’analyse des textes épistolaires. Nous avons identifié trois axes liés entre eux et hautement significatifs pour l’époque ciblée :

  1. Femmes et pouvoir. Bien que les lettres écrites par des femmes soient moins nombreuses que celles rédigées par des hommes, le rôle joué par certaines figures féminines dans les cours italiennes au XVIe siècle apparaît crucial. Marguerite de Parme, Isabelle d’Este et Vittoria Colonna ne sont que les noms les plus connus d’une communauté féminine très importante, qui conditionna la vie intellectuelle du Cinquecento
  2. Information et diplomatie. La diplomatie des états modernes se base sur d’importants réseaux de communication entretenus par les lettres diplomatiques ou privées. Les thèmes cruciaux de l’information politique, des pratiques de négociation et de l’équilibre sophistiqué entre écriture et oralité qui se jouent au travers des lettres sont particulièrement intéressants à nos yeux: à l’époque moderne, et plus particulièrement en Italie, l’urgence de résoudre un conflit ou de signer une alliance se mêle à l’exigence croissante de constituer un réseau de communication dont le but principal est la circulation de l’information, dans le contexte d’un langage politique commun et partagé par tous les acteurs de la chaîne de commande des états.
  3. Émotions et politique. Nous assumons l’idée que les émotions et leurs manifestations sont constituées et mises en forme par la société au sein de laquelle elles opèrent. Les émotions de l’individu, à leur tour, interprètent, sélectionnent, mettent en forme et donnent son sens au monde social. Le lien avec le langage est évident, puisque la représentation des émotions tient des discours, des pratiques culturelles, des attentes et des croyances morales d’une communauté donnée. Les lettres constituent un champ de recherche privilégié pour l’analyse des émotions, puisqu’elles se situent au croisement du public et du privé, du politique et du ressenti personnel ; les cours et les villes italiennes dont ces lettres émanent constituent des communautés émotionnelles qui à leur tour supposent la coexistence d’autres communautés (la famille, les strates sociales, les appartenances politiques etc.) que les individus doivent négocier constamment, contribuant ainsi à forger leur société.

Les technologies numériques et l’expérience acquise par les équipes en place dans le domaine de l’épistolographie italienne à la Renaissance seront mises au service de ces questions de recherche. Le but est d’établir une cartographie des stratégies linguistiques mises en place par des hommes et des femmes qui, par leurs choix langagiers, construisent dynamiquement leur rapport à la société dans laquelle ils vivent et imposent leurs choix, contribuant ainsi au dénouement de situations politiques particulièrement importantes pour l’histoire européenne.

Le mécénat musical des cardinaux protecteurs de couronne à Rome au Seicento
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De l’exercice d’un pouvoir culturel. Le mécénat musical des cardinaux protecteurs de couronne à Rome au Seicento / The exercise of a cultural power. The musical patronage of the crown-cardinals in Rome during the Seicento.

Responsable du projet : Émilie CORSWAREM
Mandat d’Impulsion Scientifique (MIS) – Exercice 2022 (janvier 2022/juin 2024).

Dans la continuité de récents travaux dans le domaine de l’histoire de l’art, ce projet contribue au renouvellement de l’étude du mécénat cardinalice (voir en particulier BAKER-BATES, HOLLINGSWORTH ,WITTE 2020). Au sein de la typologie complexe des cardinaux, il se concentre sur les protecteurs de couronne, et en particulier sur leur mécénat musical au Seicento à Rome.

La vie musicale et festive romaine de cette époque est pour partie conditionnée de l’action, souvent magnificente, de ces puissants cardinaux. Du fait de la fonction qu’ils assument à l’égard d’une "nation" donnée, ils interviennent à des degrés divers dans une série d’établissements romains, et y exercent une influence parfois décisive sur l’organisation musicale. Le cardinal protecteur, italien ou non, illustre de manière éloquente la complexité et le caractère équivoque de concepts tels que l’identité nationale ou la loyauté, en ces temps marqués par des jeux d’influence mouvants, qui se superposent aux rivalités entre les grandes puissances de l’époque. Figure de poids au sein d’un parti national donné à Rome, dont l’importance se mesure aussi à ses liens avec le pape régnant et/ou à son réseau familial, il en est souvent la première figure (voir entre autres DE LUCA 1680, MORONI 1852, MARCEAU 2019 et PONCET 1998). 

Ce projet entend enrichir, voire dépasser, le modèle du « cardinal-amateur de musique », dont la libéralité a souvent été interprétée comme l’accessoire de son rang et de son devoir social. Si la splendeur de ses actions contribue à l’affirmation sociale et politique de la personne du cardinal, c’est aussi l’image de l’Église et de la nation dont il est supposé défendre les intérêts qui est en jeu. La différentiation des pratiques mises en œuvre par le "protector" dans les espaces et les institutions auxquels il est lié, son rôle dans la diffusion des idées, des formes et des artistes dans l’Europe culturelle et dans l’importation des pratiques nationales à Rome, de même que la conformité de son action à l’idéal moral du cardinal tridentin, constituent autant de questions qui seront envisagées dans l’objectif de préciser un mécénat aux traits singuliers.

 

This project contributes to the renewal of the study of cardinal patronage. Within the complex typology of cardinals, it focuses on the crown protectors and, in particular, their musical patronage during the Seicento in Rome. Musical and festive life in Rome during this period was partly conditioned by the often magnificent action of these powerful cardinals. As a result of the role they assumed with regard to a given "nation", they intervened to varying degrees in a series of Roman establishments, and exerted a sometimes decisive influence on the musical organization within. The cardinal protector, who could be Italian or not, eloquently illustrates the complexity and equivocal nature of concepts such as national identity or loyalty, in these times marked by shifting influences that overlapped with the rivalries between the great powers of the time. He was an influential and often leading figure within a given national party in Rome, whose importance was also measured by his links with the reigning pope and/or his family network.

This project intends to enrich and even go beyond the model of the "cardinal-music lover", whose liberality has often been interpreted as an accessory to his rank and social duty. While the splendour of his actions contributed to the social and political affirmation of himself, it was also the image of the Church and the nation, whose interests he was supposed to defend, that was at stake. The differentiation of the practices implemented by the protector in the spaces and institutions to which he was linked, his role in spreading ideas, forms and artists in cultural Europe and in importing national practices to Rome, as well as the conformity of his action with the moral ideal of the Tridentine cardinal, are all issues that will be considered with the aim of defining a patronage with singular features.

L'infortune de Léonard de Vinci
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L'infortune de Léonard de Vinci

Responsable du projet : Laure FAGNART
Membre associée : Stefania TULLIO CATALDO
Université de Liège (PDR-SHS 2021-2024)

Ce projet entend inscrire l’exceptionnelle célébrité de Léonard de Vinci dans le temps long de l’Histoire. Les tableaux du Florentin – qui, aujourd’hui, causent des accidents diplomatiques ou se vendent pour des sommes qui dépassent l’entendement – n’ont pas toujours attiré des foules démesurées. Dès la seconde moitié du XVIe siècle, en Italie, où peu d’œuvres du maître sont localisées, les commentateurs se désolent de constater que ces réalisations sont désormais ruinées ; au XVIIe siècle, en France, où un important lot de ses tableaux est pourtant conservé depuis le règne de François Ier, les peintures de Léonard sont méconnues, critiquées, maintenues dans des réserves et peu considérées comme des modèles à suivre. Comment comprendre de tels mécanismes ? Au-delà du mauvais état de conservation de plusieurs œuvres du Florentin et de la rareté des compositions qu’il a achevées, comment expliquer l’infortune de la production artistique de Léonard ? C’est tout l’enjeu de la recherche que nous organisons autour de deux principaux axes. D’une part, il s’agit de répertorier et d’analyser un ensemble de considérations tenues sur les œuvres peintes du maître dans les textes relatifs aux arts publiés entre 1519 et le début du XVIIIe siècle, propos qui témoignent d’une réélaboration constante des réflexions des premiers biographes. D’autre part, on se concentre sur les gravures qui aux XVIe et XVIIe siècles reproduisent – ou plutôt traduisent – les œuvres du Florentin et qui, on le sait, contribuent de façon décisive à la fortune ou à l’infortune d’un artiste.

À terme, les résultats de la recherche seront valorisés sous la forme d’un ouvrage et d’une exposition, préparée avec la collaboration étroite de la Bibliothèque nationale de France.

Institutions partenaires : Bibliothèque nationale de France ; Château royal d’Amboise.

GG
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Gruppo Guiron

Responsable du projet : directeurs : Lino LEONARDI (Opera del Vocabolario Italiano) et Richard TRACHSLER (Universität Zürich); coordinateur : Nicola MORATO (Université de Liège)
Membres associés : Liste des membres

Fondazione Ezio Franceschini (durée indéterminée) – Ente Cassa di Risparmio di Firenze (pour l'année 2016)

Projet finalisé à l'étude et édition critique intégrale du corpus textuel du cycle de Guiron le Courtois

Site web du projet

Institutions partenaires : UR Transitions (Université de Liège), Dip. di Filologia e Critica (Università di Siena), Romanisches Seminaar (Universität Zürich)

Annonciades célestes
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Histoire des annonciades célestes

Responsable du projet : Marie-Elisabeth HENNEAU
Membres associés : Julie PIRONT

Projet individuel (2010-...)

L'ordre de l'Annonciade céleste est particulièrement représentatif des nouveaux instituts féminins créés dans le contexte de la Réforme catholique. Étudier son histoire et son mode de fonctionnement permet certes de traiter des questions relatives à l'histoire des phénomènes religieux des 17e et 18e siècles, mais aussi de toucher à l'histoire culturelle européenne, documentée grâce aux brassages d'idées diffusées et échangées par l'intermédiaire de ces communautés, enfin, et peut-être surtout, d'aborder un pan de l'histoire de femmes méconnues et pourtant accessibles par le nombre considérable de traces matérielles qu'elles ont laissées.

En l'espace de quelques décennies, ces annonciades ont réussi à couvrir l'Europe occidentale d'une cinquantaine d'établissements destinés à abriter des contemplatives particulièrement cloîtrées et à constituer autant de citadelles catholiques aux frontières du protestantisme. Contrairement à l'opinion reçue, leur choix délibéré d'une rupture radicale avec le monde a coïncidé avec une réelle affirmation de leur identité féminine et avec la mise en place de réseaux relationnels les mettant en contact avec les milieux religieux, sociaux, économiques, politiques et intellectuels de leur temps. Vivre hors de la société, tout en s'y inscrivant sans cesse et en y laissant leur empreinte, voilà une des composantes du projet de vie de ces religieuses que l'étude de leurs monastères permet d'approcher au plus près. Leur implantation à l'échelle européenne permet en outre d'apprécier leurs capacités d'adaptation à des contextes politiques et culturels diversifiés, tout en manifestant leur attachement à leurs spécificités identitaires communes (sentiment d'appartenance à un ordre, mémoire de la fondatrice, respect de la clôture, uniformisation des coutumes...).

Dictionnaire SIEFAR
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Dictionnaire en ligne des femmes de l'ancienne France, éd. Société internationale pour l'étude des femmes d'Ancien Régime (SIEFAR)

Responsable du projet : Marie-Élisabeth HENNEAU, pour la SIEFAR
Membres associés : Julie PIRONT

Fonds propres de la SIEFAR ; Fondation Florence Gould ; Ville de Paris ; Institut Émilie du Châtelet ; FERULg (2002-...)

Ce dictionnaire en ligne est destiné à présenter les femmes, célèbres ou non :

  • qui ont vécu du Ve au XVIIIe siècle : des contemporaines de sainte Geneviève aux femmes nées en 1780
  • qui ont un rapport confirmé avec la France et/ou avec sa langue
  • qui ont agi ou laissé des traces dans un ou plusieurs domaines : politique, culture, science, arts, religion, société, économie...

Le dictionnaire comprend deux types de notices :

  • des notices «modernes», constituant le nouveau dictionnaire, confectionné sous l'égide de la SIEFAR, et
  • des notices «anciennes», reproduites à partir d'ouvrages publiés depuis le XVIe siècle

Les notices « modernes » sont destinées à pallier les insuffisances de la plupart des dictionnaires existants, dans lesquels les femmes sont généralement absentes (au-delà des «grands noms»), ou encore souvent évoquées de manière fantaisiste, voire malveillante. Il est également destiné à recenser tous les types de femmes (à partir du moment où elles ont un rapport confirmé avec la France et/ou sa langue), y compris celles qui ont été très peu connues au-delà de leur domaine d'activité ou de leur région.

Il s'agit de porter un regard neuf sur les femmes, regard qui tient compte des avancées considérables faites depuis quarante ans dans l'analyse de la place qu'elles ont occupées dans l'histoire aussi bien que de « redécouvrir » des femmes complètement oubliées ou mal répertoriées.

Site web du projet

Institutions partenaires : Reid Hall (Columbia U.), FERULg (U. de Liège), AMo EA 4276 (U. de Nantes), U. Augsburg, U. Versailles-St-Quentin

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